27 février 2010

Gainsbourg (vie héroïque)

 
Il est des idées qui feraient mieux de rester sur le papier et cela n' a jamais été autant le cas pour ce film réalisé par un... dessinateur de bandes dessinées.  J'aime beaucoup Sfar, je suis un grand admirateur de ses carnets.  J'idolâtre Gainsbourg, me réécoutant régulièrement son intégrale.  La rencontre entre les deux était une fausse bonne idée.  Sfar adaptant la vie de l'homme à tête à chou sur papier, c'eut pu être un bon concept (le "making of bédéesque" du film est vraiment très bon).  Que la vie de Serge soit montée sur grand écran, c'était casse-gueule de toute façon.  Je m'étais promis de ne pas aller le voir, sachant que j'allais être déçu.  J'ai voulu me faire mon propre avis et j'ai été dégoûté.

Ce qui dérange le plus dans ce film, c'est (bizarrement) l'absence de point de vue sur la vie de l'auteur compositeur interprète d'Elisa.  Assez surprenant car Sfar a vendu le film comme un conte, on pouvait donc s'attendre au point de vue d'un artiste sur un autre artiste (argument de vente toujours).  Et bien point de cela.  Le film est atteint du syndrome Mesrine (la double bouze de Richet), c'est donc un album Panini des meilleurs moments de la vie de Gainsbourg, sans fil conducteur, sans recul et sans émotion sur le sujet.  On s'enquille les scènes obligatoires mais la vie de Gainsbourg étant ce qu'elle est, on peut se demander ce qui a dirigé le choix vers certains moments clés (six plombes sur l'enregistrement de la Marseillaise Reggae, les paras et l'achat du manuscrit de Rouget de Lisle, franchement dispensable) et où sont passés certains épisodes comme la collaboration avec Vanessa Paradis, le billet de 500 balles enflammé ou la relation avec Deneuve.  De Caunes l'avait bien compris avec son film sur Coluche : il adapte UN épisode bien précis de la vie de l'humoriste et développe son propos.  Ici, il est difficile de voir réellement où veut en venir Sfar en adaptant la vie d'un musicien aussi connu et surtout aussi médiatisé que Gainsbourg.  Tout le monde a dans sa tête un souvenir de Serge à la télé.  Filmer sa vision de la chose est une trahison in fine puisque chacun a DEJA son point de vue sur la question, qui sera DE TOUTE FACON différent de celui de Sfar.  Gainsbourg est donc un très mauvais biopic et aussi un très mauvais conte.  Sous ce prétexte léger (on met tout et n'importe quoi dans la notion de "conte"), le dessinateur se permet des tentatives visuelles qui donnent très bien en dessin "classique" (la preuve en est quand on feuillette le livre des aquarelles du film) mais frisent le ridicule sur un écran de cinéma).  D'autres choses m'ont aussi passablement énervé : pourquoi faire chanter ses acteurs (c'est un concept, on aime ou pas mais ça a le mérite d'oser quelque chose) si c'est pour entendre QUAND MEME le vrai Gainsbourg sur certains morceaux ?  Pourquoi viser la ressemblance absolue quand elle se vautre dans la parodie (l'exemple de Casta en BB par exemple) ?

Et surtout : pourquoi se la jouer péteux ?  Pour ce dernier point, trois exemples :
  • Lorsque Serge peint, ce sont des dessins de Sfar qui apparaissent (c'est encore de bonne guerre)...
  • Je peux comprendre que le réalisateur ait envie d'apparaître dans son film mais pourquoi endosser le rôle de Brassens ?  Et pourquoi vouloir le faire dans une scène totalement inutile ?
  • Pourquoi devoir justifier son film dans une phrase finale qui relève de l'auto-citation ?
Comme si Sfar ne voulait pas céder sa place à son sujet et nous rappelait sans cesse qu'il est là, qu'il est artiste lui aussi quoi, merde.  Sujet trop lourd pour un film, pour un premier film, pour un réalisateur qui vient d'un autre média, Gainsbourg (vie héroïque) - que quelqu'un m'explique ce foutu titre ? - n'aurait logiquement jamais dû arriver sur grand écran.

Je retiendrai quand même la performance d'Eric Elmosnino qui sauve le film de la panouille totale et qui illumine l'écran de son jeu tout en délicatesse et élégance.  Je dois avouer que la seule émotion du film fut indirecte, lorsque Lucy Gordon apparut à l'écran puisqu'elle choisit de se donner la mort peu de temps après la fin du tournage.

Déçu, je me suis visionné Un prophète en rentrant à la maison.  Et là, je dois dire que je me suis réconcilié avec un cinéma français de très haute tenue.

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