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11 décembre 2011

Les Lyonnais ou La cloison nasale


Avant-Première du 22.11.2011

Une avant-première au cinéma, ça a un petit goût de privilège.  On déroule un tapis rouge bouffé aux mites mais c’est tout de même un tapis rouge.  On voit le film avant tout le monde.  On se sent VIP même si on a gagné sa place en appelant un numéro de téléphone surtaxé.

Et puis, le réalisateur est présent dans la salle.  On aime son travail.  Il a du talent.  Il a tellement de talent qu’il répond avec professionnalisme aux questions idiotes que la présentatrice lui pose avec un ton pénétré.  On sent qu’il est un peu embêté pour elle et par sa connerie mais il assure le service après vente comme personne.  Il fait ça bien.  On a encore plus de respect pour lui. 

Il s’éclipse.  Noir dans la salle.  Commence le film.  On l’a attendu.  On a été intrigué par la bande-annonce qui tourne sur Internet depuis quelques temps déjà.  On se cale bien au fond de son siège et on se prépare à passer un bon moment.

On est tellement dans de bonnes dispositions qu’on passe sur les abrutis assis derrière qui n’ont pas pu s’empêcher d’acheter un énorme paquet de pop corn qu’ils engloutissent la bouche ouverte en faisant bien craquer le maïs sous la dent.  On passe aussi sur les coups de pieds qu’ils donnent dans le bas du siège.  C’est vrai que les rangées au cinéma sont très étroites.  Les personnes aux longues jambes ne sont pas gâtées par ce genre d’installation ni par la nature.  Mais bon, on passe.

Allez.  On est vraiment dans de bonnes dispositions.  Le film est sublime.  On se laisse emporter par l’histoire, le scénario, le jeu d’acteurs, la musique, le montage, la photo.  On rit, on est ému, on pleure.  On a envie de serrer le réalisateur dans ses bras pour ce moment passé dans son univers. 

Et puis.  Et puis, c’est la voisine de gauche qui fait des siennes.  La voisine de gauche c’est une dame d’une soixantaine d’années.  Un certain embonpoint.  Accompagnée d’un mari totalement effacé.  Qu’on n’avait même pas vu avant qu’elle ne lui parle.  Qui commente tout ce qu’elle fait.  En temps réel.  « J’allume mon GSM.  J’interroge mon répondeur.  Oh c’est Julianne.  Elle dit qu’elle ne viendra pas dimanche.  Elle ne vient plus jamais le dimanche.  Ça fait combien temps qu’on ne l’a pas vu le  dimanche ?  C’est un monde ça quand même. »  On craint un peu qu’elle ne fasse la même chose pendant toute la durée du film : « Je n’aime pas cet acteur.  Il a vieilli.  Il a grossi aussi.  Il était mieux avec ses cheveux courts.  C’est joli cette maison là-derrière.  Je me demande si cette couleur irait bien dans le salon.  C’est le fils ou le père qui a tué la femme ? ». 

Et puis non.  La voisine de gauche se tient à carreau.  On lui jette bien un coup d’œil de temps en temps en craignant le pire mais elle est absorbée par le grand écran.  On se détend.  Même les voisins de derrière ont terminé leur pop corn.  Ils ont rangé leurs longues jambes.  Dieu existe.  Au moins celui du septième art.

Et puis.  Et puis, c’est la fosse nasale de la voisine de gauche qui se met en branle.  Toutes les deux minutes, la voisine de gauche renifle.  Ce n’est pas un reniflement de tristesse.  Ni un reniflement de dégoût.  Ni un reniflement hautain.  Ou un morceau de cocaïne mal sniffée, comme un bout de salade qui resterait bloqué entre les dents.  C’est juste un glaviot qui ne veut pas vraiment sortir et qui ne veut pas vraiment rester là où il est.  Toutes les deux minutes, le putain de glaviot joue au yoyo dans la fosse nasale de la voisine de gauche.  Ça ne semble pas la déranger.  Elle s’en accommode très bien.  Elle au moins, elle passe un bon moment.

On lui tend un paquet de Kleenex en espérant mettre un terme au bruit organique.  Tout en restant courtois.  On n’est pas des sauvages.  Elle refuse en souriant.  Et ne se mouche pas. 

Pendant tout le film, on entendra un glaviot qu’on imagine gorgé de mucus vert monter et descendre dans une fosse nasale.  Et au début du générique de fin, on entendra la voisine de gauche finir par avaler cette saleté de glaviot.  Qu’elle aura préparé pendant une heure et quarante-cinq minutes.  Comme un repas qu’on mitonne aux petits oignons. 

Et on aura juste envie d’une chose.  C’est de lui écraser la gueule dans son assiette de morve.

27 février 2010

Gainsbourg (vie héroïque)

 
Il est des idées qui feraient mieux de rester sur le papier et cela n' a jamais été autant le cas pour ce film réalisé par un... dessinateur de bandes dessinées.  J'aime beaucoup Sfar, je suis un grand admirateur de ses carnets.  J'idolâtre Gainsbourg, me réécoutant régulièrement son intégrale.  La rencontre entre les deux était une fausse bonne idée.  Sfar adaptant la vie de l'homme à tête à chou sur papier, c'eut pu être un bon concept (le "making of bédéesque" du film est vraiment très bon).  Que la vie de Serge soit montée sur grand écran, c'était casse-gueule de toute façon.  Je m'étais promis de ne pas aller le voir, sachant que j'allais être déçu.  J'ai voulu me faire mon propre avis et j'ai été dégoûté.

Ce qui dérange le plus dans ce film, c'est (bizarrement) l'absence de point de vue sur la vie de l'auteur compositeur interprète d'Elisa.  Assez surprenant car Sfar a vendu le film comme un conte, on pouvait donc s'attendre au point de vue d'un artiste sur un autre artiste (argument de vente toujours).  Et bien point de cela.  Le film est atteint du syndrome Mesrine (la double bouze de Richet), c'est donc un album Panini des meilleurs moments de la vie de Gainsbourg, sans fil conducteur, sans recul et sans émotion sur le sujet.  On s'enquille les scènes obligatoires mais la vie de Gainsbourg étant ce qu'elle est, on peut se demander ce qui a dirigé le choix vers certains moments clés (six plombes sur l'enregistrement de la Marseillaise Reggae, les paras et l'achat du manuscrit de Rouget de Lisle, franchement dispensable) et où sont passés certains épisodes comme la collaboration avec Vanessa Paradis, le billet de 500 balles enflammé ou la relation avec Deneuve.  De Caunes l'avait bien compris avec son film sur Coluche : il adapte UN épisode bien précis de la vie de l'humoriste et développe son propos.  Ici, il est difficile de voir réellement où veut en venir Sfar en adaptant la vie d'un musicien aussi connu et surtout aussi médiatisé que Gainsbourg.  Tout le monde a dans sa tête un souvenir de Serge à la télé.  Filmer sa vision de la chose est une trahison in fine puisque chacun a DEJA son point de vue sur la question, qui sera DE TOUTE FACON différent de celui de Sfar.  Gainsbourg est donc un très mauvais biopic et aussi un très mauvais conte.  Sous ce prétexte léger (on met tout et n'importe quoi dans la notion de "conte"), le dessinateur se permet des tentatives visuelles qui donnent très bien en dessin "classique" (la preuve en est quand on feuillette le livre des aquarelles du film) mais frisent le ridicule sur un écran de cinéma).  D'autres choses m'ont aussi passablement énervé : pourquoi faire chanter ses acteurs (c'est un concept, on aime ou pas mais ça a le mérite d'oser quelque chose) si c'est pour entendre QUAND MEME le vrai Gainsbourg sur certains morceaux ?  Pourquoi viser la ressemblance absolue quand elle se vautre dans la parodie (l'exemple de Casta en BB par exemple) ?

Et surtout : pourquoi se la jouer péteux ?  Pour ce dernier point, trois exemples :
  • Lorsque Serge peint, ce sont des dessins de Sfar qui apparaissent (c'est encore de bonne guerre)...
  • Je peux comprendre que le réalisateur ait envie d'apparaître dans son film mais pourquoi endosser le rôle de Brassens ?  Et pourquoi vouloir le faire dans une scène totalement inutile ?
  • Pourquoi devoir justifier son film dans une phrase finale qui relève de l'auto-citation ?
Comme si Sfar ne voulait pas céder sa place à son sujet et nous rappelait sans cesse qu'il est là, qu'il est artiste lui aussi quoi, merde.  Sujet trop lourd pour un film, pour un premier film, pour un réalisateur qui vient d'un autre média, Gainsbourg (vie héroïque) - que quelqu'un m'explique ce foutu titre ? - n'aurait logiquement jamais dû arriver sur grand écran.

Je retiendrai quand même la performance d'Eric Elmosnino qui sauve le film de la panouille totale et qui illumine l'écran de son jeu tout en délicatesse et élégance.  Je dois avouer que la seule émotion du film fut indirecte, lorsque Lucy Gordon apparut à l'écran puisqu'elle choisit de se donner la mort peu de temps après la fin du tournage.

Déçu, je me suis visionné Un prophète en rentrant à la maison.  Et là, je dois dire que je me suis réconcilié avec un cinéma français de très haute tenue.

20 décembre 2009

La bouze du dimanche : Gamer



Des films sur la dérive de la télévision et des jeux vidéos, on en compte une chiée, avec plus ou moins de bonheur.  Citons en vrac, Truman Show, Ed TV, Death Race, Le prix du danger, Running Man et j'en oublie sûrement.  Avec Gamer (ou Ultimate Game, même le titre est ambigu), on touche le fond de la nazerie scénaristique (aucun enjeu, aucune empathie avec les personnages et aucune structure narrative) mais aussi de la poubelle de la réalisation (ils s'y sont mis à deux en plus et pourtant, le duo avait réalisé un Crank assez sympathique avec Jason Statham) sans parler de la merdasse du montage.  En bref, on a simplement une bouillie à l'écran avec 45 plans à la seconde, totalement illisibles et incohérents.  Non seulement, on pleure devant la vacuité du scénario mais les larmes coulent aussi devant toutes ces images hystériques.  Ne reste que la prestation de Michael C. "Dexter" Hall en gourou déjanté, roi du cabotinage, mais qui prouve qu'il peut tout interpréter. (j'avoue que c'est  le fanboy qui parle).  Mais bon, son rôle se résume à seulement 15 minutes, probablement le minimum syndical pour que l'acteur fasse l'entretien de sa piscine...

15 décembre 2009

Avant-Première [Rec]²


 [Rec]² est la suite directe de [Rec], commençant avec la dernière scène du du premier opus.  Certains avaient pu s'en rendre compte puisque les six premières minutes de [Rec]² étaient disponibles sur la Toile (une hérésie selon moi).  Ici, point de personnages lambda mais une escouade de militaires aux gros bras et à l'arsenal en conséquence.  Première différence donc, qui se ressent dans le traitement.  Le film tire clairement ses influences du FPS en jeu vidéo, de Resident Evil à Call Of Duty en passant par Dead Space.  Une fois la machine lancée, les zombies attaquent en puissance et, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il courent vite !  Place donc aux montagnes russes, le spectateur est secoué de toutes parts, sursautant à foison devant les sales bêtes qui déboulent de partout.  Au contraire du premier, l'identification ne joue plus mais la rigolade est bel et bien au rendez-vous.  On paie pour le train fantôme et on se le prend direct dans les gencives.  Autre différence, toujours inspirée par le jeu vidéo, l'utilisation du multi-joueur, innovante en soi, mais qui fait vite office de ressort scénaristique artificiel au 2/3 du film, avec une baisse de rythme en conséquence.  [Rec]² n'est donc pas exempt de défauts.  Les deux réalisateurs (Jaume Balagueró et Paco Plaza) oublient ainsi, à un seul et unique moment, leur postulat de départ et se permettent une scène de réalisation classique avec effet de caméra.  Scénaristiquement, c'est souvent tiré par les cheveux, l'explication de cette "bâtisse de la terreur" est plus risible qu'autre chose et les réactions de certains personnages relèvent du plus haut foireux et de l'improbable.  Mais finalement, on s'en fout, le film offre des litres de sang, des bons jumps dans son siège et des grosses parties de fou rire.  En bon amateur du genre, c'est tout ce qu'on lui demande.  Et puis [Rec]² a l'élégance de condenser tout cela en une heure vingt chrono, ce qui est vivifiant à notre époque de longueurs filmiques...

8 décembre 2009

Inglourious Basterds



Quentin Tarantino filme comme il parle et rappelons que le bonhomme est logorrhéique.  La logorrhée se caractérise par un flot de paroles inutiles et désordonnées.  C'est un peu l'impression qui ressort de la vision d'Inglourious Basterds.  On est face à un bel objet filmique, avec des plans très (trop ?) léchés et des mouvements de caméra très (trop ?) élaborés.  Mais on se dit que cet objet aurait gagné en puissance s'il avait été un peu dégrossi, comme si le film avait abusé de junk food et qu'il avait quelques kilos à perdre.  Il reste clairement des moments de bravoure et de pur bonheur cinématographique.  Tarantino ose s'aventurer là où on ne l'attendait pas vraiment, se débarrassant (et c'est surprenant) detous ses tics de pop culture.  Autant QT passait en revue le polar dans ses films précédents, autant il revisite et passe à la moulinette les vieux films de guerre et les bobines de la grande époque du cinéma (en témoignent les allusions aux films de Fresnay et autres Pabst).  Par moments, on ne peut s'empêcher de penser que QT, en plus d'être logorrhéique, est limite prétentieux en reprenant à son compte la magie de ces années-là (des plans de caméra trop stylés et répétitifs - notamment l'abus de la plongée).  Heureusement, les acteurs ne sont  pas en reste, Brad Pitt en tête (brûlée), véritable incarnation du redneck au menton proéminent.  

Un film imparfait donc, qui aurait mérité une cure d'amaigrissement d'une bonne demi-heure.