Elle pousse la porte du Mac Do. Elle lève la tête et regarde la liste des hamburgers disponibles. Pourtant, ce menu, elle le connaît par cœur. Dans son esprit, les rouages d’une mécanique bien huilée se mettent en branle. Pour un peu, on verrait presque un phylactère au-dessus de sa tête avec le cheminement de sa pensée.
Il n’y a pas trop de monde devant les caisses. Les petits déjeuners sont déjà partis et les dîners pas encore arrivés. C’est l’avantage d’arriver à 10 heures du matin. Le snack est presque désert à cette heure-là. A la jeune caissière qui l’interroge, Catherine énumère sa commande avec la régularité d’un métronome. La caisse enregistre le tout avec plusieurs dings de contentement.
- C’est pour emporter ?
- Non. Pour manger ici.
La caissière remet en place les sacs en carton qu’elle avait sortis pour emballer le tout. Elle saisit un plateau qu'elle remplit de victuailles graisseuses. Elle apportera le reste de la commande quand les autres en-cas seront prêts. Catherine embarque le plateau. Quelques frites tombent par terre sans qu’elle s'en rende compte, l’esprit déjà obscurci par la tâche qui l’attend. Elle s’assied à la première table qu’elle rencontre et se met à manger. Sa bouche, ses dents et sa langue deviennent machines. Les petits pains à l’ail sont déchiquetés, la viande grillée est engloutie, la sauce barbecue est sucée jusqu’à la dernière goutte, les légumes sont ingurgités sans discernement. Entre-temps, la caissière revient au ravitaillement. Avec un deuxième plateau. Puis un troisième. Parfois, Catherine ralentit pour se rincer la bouche avec le pétillant d’un soda. Bien sucré le soda. Et la machine repart de plus belle. Tout y passe, du Chicken Nuggets au Mac Bacon en passant par l’incontournable Big Mac. Pour finir en beauté, Catherine recouvre le tout par une glace chocolat, quatre cookies et deux cafés au lait. Sans oublier le sucre.
Elle sent le regard de la caissière sur elle. Ce regard l’a suivi pendant tout le repas. Il y a beaucoup d’interrogation dans ces yeux, très peu de réprobation. La réprobation cela arrive de temps en temps mais Catherine s’y est habituée. Le repas aura pris 30 minutes au total. Un timing classique.
Catherine se lève. Elle extrait de sa chaise les 130 kilos de son corps et les bourrelets de son ventre. Elle rote discrètement derrière la main et sort du fast food.
Catherine reviendra dans deux heures, tenaillée par la faim.
Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo.
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