29 mars 2010

Bribe #5 - Gladys, 21 ans

My God, qu’elle déteste cette ville… Bruxelles.  Brux-Hell, oui.  Elle n’arrive toujours pas à s’y faire.  Où avait-elle la tête quand elle a posé sa candidature pour ce stage à la Communauté européenne ?  Quand elle a vu le bâtiment qu’ils appellent Berlaymont, elle a failli éclater en sanglots.  C’était ici qu’elle allait passer trois ans ?  Soi-disant les plus belles années de sa vie ?  Dans ce machin immonde qui ressemble plus à un cauchemar de Kafka qu’à une œuvre architecturale ?

Pourtant, elle y met du sien.  Elle essaie de s’acclimater.  Les vendredis, elle va boire quelques pints avec des collègues eurocrates mais Bruxelles lui reste hostile.  Le reste du week-end, elle finit par se réfugier chez elle avec quelques romans envoyés par sa mère.  Son appartement bruxellois n’est pas très grand mais elle a réussi à y bricoler une ambiance cosy qui la rassure.  Ce n’est pas vraiment la City mais on pourrait s’y croire.
  
Ses déplacements sont limités au métro le matin jusque Schuman avec retour le soir.  Pour rien au monde, elle ne prend les transports en commun après 6PM et c’est une limite qui ne souffre aucune dérogation.  Sauf aujourd’hui.  Il est 6.30PM et, par la force de l’habitude, elle dévale les escaliers de la station Schuman pour attraper son métro, direction Montgomery.  Deux arrêts, ce n’est pas la mer à boire mais elle a ce trajet en horreur.  Surtout à Montgomery.  Le quartier a beau être smart – probablement un des seuls de la capitale –, sa station de métro est vraiment creepy.  Et mal fréquentée.  Surtout le soir.  

Bloody Hell.  Elle vient de remarquer quatre jeunes arabes qui discutent près des escalators.  Qui parlent  fort.  Elle ne comprend pas ce qu’ils disent mais ils la regardent avec insistance.  Pas un chat évidemment.  All alone.  Elle tire sur sa jupe et se maudit de ne pas avoir mis son tailleur pantalon.  Avec ses bottes, ils vont prendre ça pour une provocation.  Elle va se faire insulter au minimum, violer au maximum.  Lever la tête, ne pas leur montrer sa peur, ça ne ferait que les exciter davantage.  Shit.  Un des jeunes s’avance vers elle.  Il penche la tête et regarde ses jambes avec un sourire malveillant.  Pas d’échappatoire.  Il va sortir un couteau et la trucider.  Elle sent une sueur aigre envahir ses pores.  Il s’approche encore.  Il tend le bras vers ses bottes.  Elle ferme les yeux.  Il va, il va…

- Mademoiselle, vous avez laissé  tomber votre porte-monnaie.

Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo. 

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