Le meilleur endroit pour la fauche ça reste les gares aux heures de pointe. Le matin, quand ils traversent la salle des pas perdus, les navetteurs ont déjà la tête au bureau, le soir, ils ne pensent qu’à leurs pantoufles. On peut donc y aller tranquille, glisser sa main dans une veste, un sac, un pardessus. Il faut dire que Benjamin a été verni par la nature. Il a des mains fines, des mains de pianiste comme dirait son grognon de père. Benjamin aurait pu se lancer dans l’interprétation de Mozart ou de Bach mais pickpocket au final, ça demande autant de précision. Il s’est entraîné de longues heures avec des mannequins équipés de clochettes. Il a beaucoup tâtonné avant de trouver le coup de main mais une fois acquis, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.
Prochaine cible : ce type chicos en train de fumer sa clope à l’entrée de la gare. D’habitude, il évite les fumeurs, trop statiques et difficiles d’accès, mais le gars est vraiment absorbé par ses pensées. Benjamin passe à côté de lui et pfouit, un portefeuille change de propriétaire. Vite fait bien fait, j’tembrouille, pas d’accroc, pas de scandale. Direction le Parc Royal pour estimer le butin.
Benjamin trouve un banc reculé à l’abri des regards et commence l’inspection du portefeuille. Bonne pioche. Deux cents euros en liquide. Deux cartes de crédit. Ca devrait dérider le paternel. Une fois les liquidités empochées, Benjamin passe à la récréation : les effets personnels. Une carte d’identité et des cartes de visite au nom d’Humbert Rivarol. Un ticket de train en première classe. Une photo de la petite famille. Et puis, cachée dans un recoin du portefeuille, une lettre pliée en quatre. Benjamin ouvre le papier et une photo tombe de la pliure. Osée la photo. Avec renforts de cuir et de chaînes, de poils rasés, de nichons gonflés à l’hélium et un godemiché bien placé. Osée aussi la lettre. Avec un vocabulaire fleuri qui oscille entre le « Humbert mon amour », « ton chibre qui ne ramollit jamais » et « ton pouce dans mon fion ». Un vrai poème. En comparant la photo de famille avec celle de la nudiste, Benjamin se rend compte qu’Humbert mène une double vie. L’adolescent ne se voit pas maître chanteur. Rapportons lettre et photo au domicile de Rivarol, ce n’est pas loin. Directement dans les mains de madame, c’est plus sûr que la poste.
On a beau être altruiste, c’est quand même beaucoup plus marrant de foutre la merde.
Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo.
Prochaine cible : ce type chicos en train de fumer sa clope à l’entrée de la gare. D’habitude, il évite les fumeurs, trop statiques et difficiles d’accès, mais le gars est vraiment absorbé par ses pensées. Benjamin passe à côté de lui et pfouit, un portefeuille change de propriétaire. Vite fait bien fait, j’tembrouille, pas d’accroc, pas de scandale. Direction le Parc Royal pour estimer le butin.
Benjamin trouve un banc reculé à l’abri des regards et commence l’inspection du portefeuille. Bonne pioche. Deux cents euros en liquide. Deux cartes de crédit. Ca devrait dérider le paternel. Une fois les liquidités empochées, Benjamin passe à la récréation : les effets personnels. Une carte d’identité et des cartes de visite au nom d’Humbert Rivarol. Un ticket de train en première classe. Une photo de la petite famille. Et puis, cachée dans un recoin du portefeuille, une lettre pliée en quatre. Benjamin ouvre le papier et une photo tombe de la pliure. Osée la photo. Avec renforts de cuir et de chaînes, de poils rasés, de nichons gonflés à l’hélium et un godemiché bien placé. Osée aussi la lettre. Avec un vocabulaire fleuri qui oscille entre le « Humbert mon amour », « ton chibre qui ne ramollit jamais » et « ton pouce dans mon fion ». Un vrai poème. En comparant la photo de famille avec celle de la nudiste, Benjamin se rend compte qu’Humbert mène une double vie. L’adolescent ne se voit pas maître chanteur. Rapportons lettre et photo au domicile de Rivarol, ce n’est pas loin. Directement dans les mains de madame, c’est plus sûr que la poste.
On a beau être altruiste, c’est quand même beaucoup plus marrant de foutre la merde.
Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo.
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