Dans cet endroit de malheur, Paterne s’est mangé tous les quolibets que son patronyme pouvait engendrer : « Tu n’es pas terne ». « Il y a le pas terne et le mat terne. T’as une tête de confiture ». Ses tortionnaires dérivaient même dans les méandres de l’à peu près. Avec l’accident nucléaire russe, on était passé à « Paternobyle », « Papamobile » (par extension) et même à « Playmobil » ! L’imagination enfantine semblait sans limites. Sous chaque saillie verbale, Paterne encaissait comme un boxeur dans le coin du ring. Solitaire, il haïssait son prénom et ses parents pour cet héritage pathétique qu’il lui avait légué.
Avec l’âge, Paterne a essayé de comprendre l’origine de ce dénominatif honni. Le Petit Robert ne l’éclaira pas. « Paterne : Vieilli. Qui montre ou affecte une bonhomie doucereuse ». Et le voilà vieilli en prime. La langue anglaise finissant même par l’achever avec un « Pattern : Modèle simplifié d'une structure, en sciences humaines ». Vieux et simple. Prend ça dans les dents !
Les filles, n’en parlons même pas. Il a bien essayé d’en aborder quelques-unes mais elles finissent par lui briser le cœur quand elles se mettent à pouffer nerveusement.
Il a bien pensé à changer de prénom mais toutes ces démarches administratives sont fastidieuses et vaines. Comme le disent les personnes qui ont été obèses un jour, « on reste obèse toujours ». Même si régime il y a. Paterne il est, Paterne il restera.
Les frustrations ont fini par éroder sa patience. Il monte sur le tabouret, glisse son cou dans le nœud de la corde et se demande s’il doit réciter une prière. Un petit Pater Noster peut-être ? Paternoster ? La voilà sa destinée ! Merci, ô parents éclairés ! Il sera…
Tout à sa joie, il glisse du tabouret. La corde lui brise le cou et Paterne meurt. Aussi inutilement qu’il a vécu.
Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo.
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