My God, qu’elle déteste cette ville… Bruxelles. Brux-Hell, oui. Elle n’arrive toujours pas à s’y faire. Où avait-elle la tête quand elle a posé sa candidature pour ce stage à la Communauté européenne ? Quand elle a vu le bâtiment qu’ils appellent Berlaymont, elle a failli éclater en sanglots. C’était ici qu’elle allait passer trois ans ? Soi-disant les plus belles années de sa vie ? Dans ce machin immonde qui ressemble plus à un cauchemar de Kafka qu’à une œuvre architecturale ?
Pourtant, elle y met du sien. Elle essaie de s’acclimater. Les vendredis, elle va boire quelques pints avec des collègues eurocrates mais Bruxelles lui reste hostile. Le reste du week-end, elle finit par se réfugier chez elle avec quelques romans envoyés par sa mère. Son appartement bruxellois n’est pas très grand mais elle a réussi à y bricoler une ambiance cosy qui la rassure. Ce n’est pas vraiment la City mais on pourrait s’y croire.
Ses déplacements sont limités au métro le matin jusque Schuman avec retour le soir. Pour rien au monde, elle ne prend les transports en commun après 6PM et c’est une limite qui ne souffre aucune dérogation. Sauf aujourd’hui. Il est 6.30PM et, par la force de l’habitude, elle dévale les escaliers de la station Schuman pour attraper son métro, direction Montgomery. Deux arrêts, ce n’est pas la mer à boire mais elle a ce trajet en horreur. Surtout à Montgomery. Le quartier a beau être smart – probablement un des seuls de la capitale –, sa station de métro est vraiment creepy. Et mal fréquentée. Surtout le soir.
Bloody Hell. Elle vient de remarquer quatre jeunes arabes qui discutent près des escalators. Qui parlent fort. Elle ne comprend pas ce qu’ils disent mais ils la regardent avec insistance. Pas un chat évidemment. All alone. Elle tire sur sa jupe et se maudit de ne pas avoir mis son tailleur pantalon. Avec ses bottes, ils vont prendre ça pour une provocation. Elle va se faire insulter au minimum, violer au maximum. Lever la tête, ne pas leur montrer sa peur, ça ne ferait que les exciter davantage. Shit. Un des jeunes s’avance vers elle. Il penche la tête et regarde ses jambes avec un sourire malveillant. Pas d’échappatoire. Il va sortir un couteau et la trucider. Elle sent une sueur aigre envahir ses pores. Il s’approche encore. Il tend le bras vers ses bottes. Elle ferme les yeux. Il va, il va…
- Mademoiselle, vous avez laissé tomber votre porte-monnaie.
Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo.
29 mars 2010
26 mars 2010
Bribe #4 - Lara, 15 ans
Les mecs de sa classe l’appellent Crotte. Vachement original. Faut croire que toutes les Lara du monde encaissent Crotte comme « petit nom gentil ». Lara Crotte. Ha Ha. Lara, elle est pas sûre que Crotte, ce soit vraiment gentil. Petite Crotte c’est gentil. Crotte tout seul c’est limite insultant.
Depuis une semaine, les mecs de sa classe se sont calmés, rapport à la nouvelle prof de maths qui est arrivée. Gelina elle s’appelle. D’habitude les profs de math c’est des vieux moches avec le crâne dégarni et des lunettes en cul de bouteille. Ca arrive même qu’ils puent, comme Bouvier en primaire. Là, faut croire que le bahut a hérité de la seule prof de maths qui cumule le physique et le presque prénom de l’actrice qui a prêté ses gros poumons à la vraie Lara Croft. La Gelina, ses nichons c’est des vrais obus et ses jambes ont la longueur d’un trajet Bruxelles-Oostende, avec retour. C’est bien simple, les mecs, quand ils l’ont vue, ils sont passés du rouge tomate au vert persil en trois secondes six dixièmes. A la récré, quand ils en parlent, ils bandent avec les yeux et la bouche. En plein cours, Lara a même vu Jean-Marc se toucher la bite pendant que Gelina expliquait le théorème de Pythagore au tableau. Personne le voyait, faut dire qu’il faisait ça super bien, la main dans la poche, l’air de rien, un coup en haut, un coup en bas hop, hop. Lara est sûre que la prof l’a vu aussi que Jean-Marc se branlait mais elle a rien dit. Ça doit l’exciter cette salope.
Hier, au cours de gym, Lara est partie aux toilettes pendant le match de handball. C’est l’avantage d’être une fille et d’avoir ses règles. On peut sortir en plein cours, personne vous dit rien. On file aux chiottes, de préférence celles du sous-sol, y a jamais personne qui y met les pieds.
En passant devant la réserve, elle a entendu quelqu’un qui soufflait fort, genre locomotive déchaînée. Lara a entrebâillé la porte. Cette fois, la bite de Jean-Marc elle était plus dans sa poche mais dans la bouche à la Gelina. La prof avait le cul en l’air et se touchait les melons à chaque coup de langue. Lara a sorti son iPhone et a choppé la scène en loucedé, avec ses trois millions de pixels. Une fois envoyé par mail, ça fera un bon fond d’écran pour le proviseur.
Lara s’en fout qu’ils l’appellent Crotte. Après ce coup-là, ce sera Gelina la grosse merde.
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Depuis une semaine, les mecs de sa classe se sont calmés, rapport à la nouvelle prof de maths qui est arrivée. Gelina elle s’appelle. D’habitude les profs de math c’est des vieux moches avec le crâne dégarni et des lunettes en cul de bouteille. Ca arrive même qu’ils puent, comme Bouvier en primaire. Là, faut croire que le bahut a hérité de la seule prof de maths qui cumule le physique et le presque prénom de l’actrice qui a prêté ses gros poumons à la vraie Lara Croft. La Gelina, ses nichons c’est des vrais obus et ses jambes ont la longueur d’un trajet Bruxelles-Oostende, avec retour. C’est bien simple, les mecs, quand ils l’ont vue, ils sont passés du rouge tomate au vert persil en trois secondes six dixièmes. A la récré, quand ils en parlent, ils bandent avec les yeux et la bouche. En plein cours, Lara a même vu Jean-Marc se toucher la bite pendant que Gelina expliquait le théorème de Pythagore au tableau. Personne le voyait, faut dire qu’il faisait ça super bien, la main dans la poche, l’air de rien, un coup en haut, un coup en bas hop, hop. Lara est sûre que la prof l’a vu aussi que Jean-Marc se branlait mais elle a rien dit. Ça doit l’exciter cette salope.
Hier, au cours de gym, Lara est partie aux toilettes pendant le match de handball. C’est l’avantage d’être une fille et d’avoir ses règles. On peut sortir en plein cours, personne vous dit rien. On file aux chiottes, de préférence celles du sous-sol, y a jamais personne qui y met les pieds.
En passant devant la réserve, elle a entendu quelqu’un qui soufflait fort, genre locomotive déchaînée. Lara a entrebâillé la porte. Cette fois, la bite de Jean-Marc elle était plus dans sa poche mais dans la bouche à la Gelina. La prof avait le cul en l’air et se touchait les melons à chaque coup de langue. Lara a sorti son iPhone et a choppé la scène en loucedé, avec ses trois millions de pixels. Une fois envoyé par mail, ça fera un bon fond d’écran pour le proviseur.
Lara s’en fout qu’ils l’appellent Crotte. Après ce coup-là, ce sera Gelina la grosse merde.
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25 mars 2010
Bribe #3 - Humbert, 45 ans
Il s’allume une cigarette avec son gros briquet doré. Ce briquet, il l’a acheté en même temps que sa Rolex. Attention, pas une imitation de Rolex, LA Rolex. La vraie, la pure, la dure. Celle qui coûte un max. Celle qui pose un homme. Aujourd’hui, le moindre petit blaireau peut s’afficher avec un faux cadran autour du poignet. Rolex n’est plus un signe extérieur de richesse. Et qu’on ne vienne pas lui parler de péché véniel à l’égard de ces sales gosses. Bah… Humbert s’en fout finalement. Le reste de sa tenue vestimentaire lui assure un certain standing. Il porte tellement de marques prestigieuses sur le dos qu’il serait bien incapable d’estimer en euros le nombre de thunes qui enveloppe son corps. Ses couilles reposent déjà dans un calebuth à 80 plaques, alors le reste...
Humbert aspire la fumée de sa Dunhill. Cette interdiction de fumer dans les endroits publics, quelle plaie... Et puis cet endroit. Il n’était plus venu devant une gare depuis… Depuis combien de temps déjà ? Mais qu’est-ce qui leur a pris de le faire venir en train ? C’est bon qu’il tient à les signer ces contrats sinon il les aurait envoyés se faire foutre. Et avec le sourire encore bien. Tout aurait quand même été plus simple s’ils lui avaient dégotté une voiture de location. Avec chauffeur évidemment. Tout le monde connaît le rythme de tortue des transports ferroviaires. Ce trajet va prendre des plombes…
Humbert a encore dix minutes à tirer. A tout faire, il préfère attendre ici que de s’aventurer dans la salle des pas perdus. C’est écœurant tout ce monde qui grouille. Humbert n’ose même pas imaginer l’odeur que cette populace doit charrier, entre les dessous de bras suintants et les haleines fétides. Et avec cette chaleur… Autant les marques vestimentaires protègent Humbert, autant le bas peuple prend un malin plaisir à ne porter que le strict minimum. Rien que celle-là qui s’avance, avec sa bretelle de soutien gorge qui lui cisaille les épaules. Et je vous dis pas la taille de sa jupe. Tellement courte qu’on pourrait presque lui compter les poils du pubis. Mon Dieu qu’elle est vulgaire. Et ce parfum qu’elle dégage. Tellement lourd qu’il pèse sur ses seins. A force de regarder autour de lui, Humbert se découvre un talent d’anthropologue, jugeant celui-ci, se gaussant de celui-là, charcutant la tenue d’une troisième.
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24 mars 2010
Bribe #2 - Catherine, 42 ans
Elle pousse la porte du Mac Do. Elle lève la tête et regarde la liste des hamburgers disponibles. Pourtant, ce menu, elle le connaît par cœur. Dans son esprit, les rouages d’une mécanique bien huilée se mettent en branle. Pour un peu, on verrait presque un phylactère au-dessus de sa tête avec le cheminement de sa pensée.
Il n’y a pas trop de monde devant les caisses. Les petits déjeuners sont déjà partis et les dîners pas encore arrivés. C’est l’avantage d’arriver à 10 heures du matin. Le snack est presque désert à cette heure-là. A la jeune caissière qui l’interroge, Catherine énumère sa commande avec la régularité d’un métronome. La caisse enregistre le tout avec plusieurs dings de contentement.
- C’est pour emporter ?
- Non. Pour manger ici.
La caissière remet en place les sacs en carton qu’elle avait sortis pour emballer le tout. Elle saisit un plateau qu'elle remplit de victuailles graisseuses. Elle apportera le reste de la commande quand les autres en-cas seront prêts. Catherine embarque le plateau. Quelques frites tombent par terre sans qu’elle s'en rende compte, l’esprit déjà obscurci par la tâche qui l’attend. Elle s’assied à la première table qu’elle rencontre et se met à manger. Sa bouche, ses dents et sa langue deviennent machines. Les petits pains à l’ail sont déchiquetés, la viande grillée est engloutie, la sauce barbecue est sucée jusqu’à la dernière goutte, les légumes sont ingurgités sans discernement. Entre-temps, la caissière revient au ravitaillement. Avec un deuxième plateau. Puis un troisième. Parfois, Catherine ralentit pour se rincer la bouche avec le pétillant d’un soda. Bien sucré le soda. Et la machine repart de plus belle. Tout y passe, du Chicken Nuggets au Mac Bacon en passant par l’incontournable Big Mac. Pour finir en beauté, Catherine recouvre le tout par une glace chocolat, quatre cookies et deux cafés au lait. Sans oublier le sucre.
Elle sent le regard de la caissière sur elle. Ce regard l’a suivi pendant tout le repas. Il y a beaucoup d’interrogation dans ces yeux, très peu de réprobation. La réprobation cela arrive de temps en temps mais Catherine s’y est habituée. Le repas aura pris 30 minutes au total. Un timing classique.
Catherine se lève. Elle extrait de sa chaise les 130 kilos de son corps et les bourrelets de son ventre. Elle rote discrètement derrière la main et sort du fast food.
Catherine reviendra dans deux heures, tenaillée par la faim.
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23 mars 2010
Bribe #1 - Victorien, 24 ans
Aujourd’hui, Victorien passe un entretien d’embauche. Il est nerveux. Mais par pour les raisons que l’on pourrait imaginer. Le CV de Victorien est en béton armé, son parcours scolaire a été exemplaire. Il vient de terminer des études d’ingénieur industriel avec mention très bien. De ce côté-là, Victorien n’a rien à craindre. Il a aussi soigné son apparence, mis son plus beau costume et brossé ses cheveux avec élégance. Non, sa nervosité ne vient pas de ces considérations accessoires. Victorien, jeune homme de 24 ans, déteste Victorien, le prénom que ses parents lui ont choisi à sa naissance. Victor ça va encore, c’est ce « rien » à la fin du prénom qui le mine. Victor est un prisonnier à vie qui traîne un « rien » comme un boulet. On n’a jamais vu de Raymondrien ou de Jeanrien ni même de Yvesrien. Ca n’a aucun sens, aucune beauté en soi. Il y a des prénoms comme ça, qui inspirent un certain sentiment rien qu’en le prononçant. On a du mal à imaginer un Tristant qui ne soit pas triste. Dans Hélène, il y a haine et même hell, enfer en anglais. Ça fait beaucoup pour un seul prénom. Victorien lutte donc contre ce rien qui lui empoisonne la vie. En réaction, il a tout fait pour qu’un « tout » supplante ce « rien » dont il se croit maudit. Pour Victorien, rien n’est impossible, tout est envisageable. Pourtant, il aurait pu succomber à la facilité. Avec rien, on se laisse aller à la punk attitude et on balance No Future à la face du monde. Pour Victorien, il n’en était pas question. Il a poursuivi ses études avec succès et s’est engagé dans des actions altruistes, que ce soit porter les emplettes de son voisin grabataire ou vendre des autocollants pour une bonne œuvre. Victorien devrait donc être blindé contre son prénom, il devrait en avoir l’habitude. Mais le naturel revient vite au galop. Dès qu’une personne l’interpelle et appuie inconsciemment sur ce rien qui le termine et le mine, Victorien a des frissons dans le dos comme si son interlocuteur lui avait craché « Vous n’êtes rien ! » en pleine figure. Victorien craint ces moments où l’on prononce son prénom en public. Une salle d’attente est le lieu par excellence où son cœur s’emballe et ses pores se contractent. Dans quelques minutes, la porte va s’ouvrir. La personne des Ressources Humaines fera quelques pas et appellera Victorien par son nom et son prénom. Victorien aura beau lutter. Il n’entendra rien. Et rien d’autre.
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22 mars 2010
21 mars 2010
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