- Bonne journée et bonnes vacances de Pâques.
Depuis ce matin, c’est avec cette phrase qu’Huguette salue ses clients, entre la vente d’un Siné Hebdo, « l’hebdo qui chie dans la colle et les bégonias », celle d’un Femme actuelle qui titre sur « le retour de la mode des spartiates » voire un Cuisine, ma passion qui table sur une recette de coulis de framboises. Libraire, c’est un métier polyvalent. On touche à tous les corps de métiers.
- Bonne journée et bonnes vacances de Pâques.
- A vous aussi.
- Oh, elles seront bonnes, elles seront bonnes.
Aujourd’hui, c’est son anniversaire à Huguette. Elle fête ses 33 printemps. Le seul à lui avoir souhaité un joyeux anniversaire c’est Raoul, son fournisseur en sucreries :
- Trente-trois ans, Huguette ! Rends-toi compte, l’âge du Christ !
Elle a failli lui dire que trente-trois ans c’est l’âge du Christ EN CROIX. Qu’avant d’avoir 33 balais, le fils de Dieu avait eu 15, 16, 30 ans. Que donc, elle avait DEJA eu l’âge du Christ avant d’avoir 33 ans. Que c’était une question de logique, de grammaire et d’orthographe. Mais elle n’a pas eu le cœur de le faire remarquer à Raoul. Il n’aurait pas compris. Et puis il lui a claqué deux bises humides sur les joues, en la chatouillant avec ses grosses moustaches à la Max Meynier. Elle fond à chaque fois devant tant de gentillesse brute. Il lui a même glissé un paquet d’ours en gomme dans la paume, comme si elle avait 12 ans. Il lui a fait un clin d’œil taquin, est remonté dans sa camionnette et lui a fait un signe de la main en démarrant.
- Bonne journée et bonnes vacances de Pâques.
Comme tous les jours, elle est debout depuis 4 heures ce matin. Elle a réceptionné et classé les journaux puis les magazines, ouvert des fardes de cigarette et rangé les paquets de bonbons. Ouvert la porte et ça a été le rush habituel du matin, les gazettes prises d’assaut, Madame Vignon qui vient faire son Lotto alors qu’elle pourrait le faire tranquillement l’après-midi puisqu’elle est retraitée. Voilà ce jeune homme coiffé comme Elvis qui vient chercher son magazine de rock. Un ouvrier en bleu de travail qui vient s’approvisionner en cigarettes sans filtre. Ses clients, habitués ou non.
- Bonne journée et bonnes vacances de Pâques.
- Pareillement
- Oh, elles seront bonnes, elles seront bonnes.
C’est vrai qu’elles seront bonnes ces vacances. Direction l’hôpital. Huguette commence une chimiothérapie. Elle a le cancer. Joyeuses Pâques.
Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo.
1 avril 2010
31 mars 2010
Bribe #7 - Benjamin, 15 ans
Le meilleur endroit pour la fauche ça reste les gares aux heures de pointe. Le matin, quand ils traversent la salle des pas perdus, les navetteurs ont déjà la tête au bureau, le soir, ils ne pensent qu’à leurs pantoufles. On peut donc y aller tranquille, glisser sa main dans une veste, un sac, un pardessus. Il faut dire que Benjamin a été verni par la nature. Il a des mains fines, des mains de pianiste comme dirait son grognon de père. Benjamin aurait pu se lancer dans l’interprétation de Mozart ou de Bach mais pickpocket au final, ça demande autant de précision. Il s’est entraîné de longues heures avec des mannequins équipés de clochettes. Il a beaucoup tâtonné avant de trouver le coup de main mais une fois acquis, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.
Prochaine cible : ce type chicos en train de fumer sa clope à l’entrée de la gare. D’habitude, il évite les fumeurs, trop statiques et difficiles d’accès, mais le gars est vraiment absorbé par ses pensées. Benjamin passe à côté de lui et pfouit, un portefeuille change de propriétaire. Vite fait bien fait, j’tembrouille, pas d’accroc, pas de scandale. Direction le Parc Royal pour estimer le butin.
Benjamin trouve un banc reculé à l’abri des regards et commence l’inspection du portefeuille. Bonne pioche. Deux cents euros en liquide. Deux cartes de crédit. Ca devrait dérider le paternel. Une fois les liquidités empochées, Benjamin passe à la récréation : les effets personnels. Une carte d’identité et des cartes de visite au nom d’Humbert Rivarol. Un ticket de train en première classe. Une photo de la petite famille. Et puis, cachée dans un recoin du portefeuille, une lettre pliée en quatre. Benjamin ouvre le papier et une photo tombe de la pliure. Osée la photo. Avec renforts de cuir et de chaînes, de poils rasés, de nichons gonflés à l’hélium et un godemiché bien placé. Osée aussi la lettre. Avec un vocabulaire fleuri qui oscille entre le « Humbert mon amour », « ton chibre qui ne ramollit jamais » et « ton pouce dans mon fion ». Un vrai poème. En comparant la photo de famille avec celle de la nudiste, Benjamin se rend compte qu’Humbert mène une double vie. L’adolescent ne se voit pas maître chanteur. Rapportons lettre et photo au domicile de Rivarol, ce n’est pas loin. Directement dans les mains de madame, c’est plus sûr que la poste.
On a beau être altruiste, c’est quand même beaucoup plus marrant de foutre la merde.
Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo.
Prochaine cible : ce type chicos en train de fumer sa clope à l’entrée de la gare. D’habitude, il évite les fumeurs, trop statiques et difficiles d’accès, mais le gars est vraiment absorbé par ses pensées. Benjamin passe à côté de lui et pfouit, un portefeuille change de propriétaire. Vite fait bien fait, j’tembrouille, pas d’accroc, pas de scandale. Direction le Parc Royal pour estimer le butin.
Benjamin trouve un banc reculé à l’abri des regards et commence l’inspection du portefeuille. Bonne pioche. Deux cents euros en liquide. Deux cartes de crédit. Ca devrait dérider le paternel. Une fois les liquidités empochées, Benjamin passe à la récréation : les effets personnels. Une carte d’identité et des cartes de visite au nom d’Humbert Rivarol. Un ticket de train en première classe. Une photo de la petite famille. Et puis, cachée dans un recoin du portefeuille, une lettre pliée en quatre. Benjamin ouvre le papier et une photo tombe de la pliure. Osée la photo. Avec renforts de cuir et de chaînes, de poils rasés, de nichons gonflés à l’hélium et un godemiché bien placé. Osée aussi la lettre. Avec un vocabulaire fleuri qui oscille entre le « Humbert mon amour », « ton chibre qui ne ramollit jamais » et « ton pouce dans mon fion ». Un vrai poème. En comparant la photo de famille avec celle de la nudiste, Benjamin se rend compte qu’Humbert mène une double vie. L’adolescent ne se voit pas maître chanteur. Rapportons lettre et photo au domicile de Rivarol, ce n’est pas loin. Directement dans les mains de madame, c’est plus sûr que la poste.
On a beau être altruiste, c’est quand même beaucoup plus marrant de foutre la merde.
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30 mars 2010
Bribe #6 - Amédée, 14 ans
Aujourd’hui c’est dimanche, jour du Seigneur. Comme tous les dimanches, Amédée assiste à la messe. Amédée est enfant de chœur depuis quatre ans déjà. Il aime participer à la cérémonie liturgique de sa paroisse. Apporter le pain et le vin au Père Desmond. Son ami Bertrand aime le taquiner là-dessus. Pour lui, du pain et du pinard sans sauciflard ce n’est pas vraiment un casse-dalle. Bertrand adore jouer le mécréant.
Le père Desmond lève le pain et le vin dans la lumière. Il les bénit. Le pain et le vin deviennent alors le corps et le sang du Christ. C’est le mystère de la communion. Bertrand, toujours lui, prétend qu’il y a un truc, que Desmond c’est le fils de Gérard Majax ou de David Copperfield. Mais Amédée n’en a cure. Il pardonne Bertrand. Il sait que ce n’est pas méchant, que c’est juste pour le titiller. De toute façon, c’est dans sa nature à Amédée de pardonner. Depuis qu’il est tout petit, son existence est rythmée par les préceptes catholiques. A 14 ans, il sait déjà ce que sera sa vie. Il sera prêtre. Il s’est renseigné auprès de l’abbé Desmond, sur le séminaire, la vie de prêtre, les obligations de pauvreté et d’abstinence. Cela ne l’effraie pas, bien au contraire. L’existence d’Amédée sera entièrement consacrée à Dieu. Il sera toujours disponible pour autrui. Quand Bertrand lui demande comment ça lui est venu, Amédée doit réfléchir. Il n’a pas eu une illumination en sortant de l’école. Le ciel ne s’est pas ouvert devant lui avec des effets de lumière comme dans un film de science-fiction. La Vierge Marie ne lui est pas apparue dans une grotte. De toute façon, Amédée habite en ville. Les grottes se font rares entre les parcmètres et les bouches d’égout. Ca peut paraître idiot mais sa vocation est née tout bêtement, en regardant sa grand-mère qui tricotait une écharpe pour l’hiver. Il a ressenti une béatitude qu’il n’avait jamais ressentie auparavant. Il s'est laissé bercer par la voix de mamy, entre l’odeur du chocolat chaud et du pain beurré. Entre le bonheur de l’enfance encore présente et les aspirations futures qui l’attendaient. Un syndrome de Peter Pan conscient. Garder son âme d’enfant au service des autres et de Dieu. Il sait qu’il n’aura pas beaucoup de difficultés à garder cette âme d’enfant. Les rapports entre le monde ecclésiastique et celui de l’enfance sont très étroits. Le père Desmond lui a montré comment. C’est vrai que c’est très étroit.
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Le père Desmond lève le pain et le vin dans la lumière. Il les bénit. Le pain et le vin deviennent alors le corps et le sang du Christ. C’est le mystère de la communion. Bertrand, toujours lui, prétend qu’il y a un truc, que Desmond c’est le fils de Gérard Majax ou de David Copperfield. Mais Amédée n’en a cure. Il pardonne Bertrand. Il sait que ce n’est pas méchant, que c’est juste pour le titiller. De toute façon, c’est dans sa nature à Amédée de pardonner. Depuis qu’il est tout petit, son existence est rythmée par les préceptes catholiques. A 14 ans, il sait déjà ce que sera sa vie. Il sera prêtre. Il s’est renseigné auprès de l’abbé Desmond, sur le séminaire, la vie de prêtre, les obligations de pauvreté et d’abstinence. Cela ne l’effraie pas, bien au contraire. L’existence d’Amédée sera entièrement consacrée à Dieu. Il sera toujours disponible pour autrui. Quand Bertrand lui demande comment ça lui est venu, Amédée doit réfléchir. Il n’a pas eu une illumination en sortant de l’école. Le ciel ne s’est pas ouvert devant lui avec des effets de lumière comme dans un film de science-fiction. La Vierge Marie ne lui est pas apparue dans une grotte. De toute façon, Amédée habite en ville. Les grottes se font rares entre les parcmètres et les bouches d’égout. Ca peut paraître idiot mais sa vocation est née tout bêtement, en regardant sa grand-mère qui tricotait une écharpe pour l’hiver. Il a ressenti une béatitude qu’il n’avait jamais ressentie auparavant. Il s'est laissé bercer par la voix de mamy, entre l’odeur du chocolat chaud et du pain beurré. Entre le bonheur de l’enfance encore présente et les aspirations futures qui l’attendaient. Un syndrome de Peter Pan conscient. Garder son âme d’enfant au service des autres et de Dieu. Il sait qu’il n’aura pas beaucoup de difficultés à garder cette âme d’enfant. Les rapports entre le monde ecclésiastique et celui de l’enfance sont très étroits. Le père Desmond lui a montré comment. C’est vrai que c’est très étroit.
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29 mars 2010
Bribe #5 - Gladys, 21 ans
My God, qu’elle déteste cette ville… Bruxelles. Brux-Hell, oui. Elle n’arrive toujours pas à s’y faire. Où avait-elle la tête quand elle a posé sa candidature pour ce stage à la Communauté européenne ? Quand elle a vu le bâtiment qu’ils appellent Berlaymont, elle a failli éclater en sanglots. C’était ici qu’elle allait passer trois ans ? Soi-disant les plus belles années de sa vie ? Dans ce machin immonde qui ressemble plus à un cauchemar de Kafka qu’à une œuvre architecturale ?
Pourtant, elle y met du sien. Elle essaie de s’acclimater. Les vendredis, elle va boire quelques pints avec des collègues eurocrates mais Bruxelles lui reste hostile. Le reste du week-end, elle finit par se réfugier chez elle avec quelques romans envoyés par sa mère. Son appartement bruxellois n’est pas très grand mais elle a réussi à y bricoler une ambiance cosy qui la rassure. Ce n’est pas vraiment la City mais on pourrait s’y croire.
Ses déplacements sont limités au métro le matin jusque Schuman avec retour le soir. Pour rien au monde, elle ne prend les transports en commun après 6PM et c’est une limite qui ne souffre aucune dérogation. Sauf aujourd’hui. Il est 6.30PM et, par la force de l’habitude, elle dévale les escaliers de la station Schuman pour attraper son métro, direction Montgomery. Deux arrêts, ce n’est pas la mer à boire mais elle a ce trajet en horreur. Surtout à Montgomery. Le quartier a beau être smart – probablement un des seuls de la capitale –, sa station de métro est vraiment creepy. Et mal fréquentée. Surtout le soir.
Bloody Hell. Elle vient de remarquer quatre jeunes arabes qui discutent près des escalators. Qui parlent fort. Elle ne comprend pas ce qu’ils disent mais ils la regardent avec insistance. Pas un chat évidemment. All alone. Elle tire sur sa jupe et se maudit de ne pas avoir mis son tailleur pantalon. Avec ses bottes, ils vont prendre ça pour une provocation. Elle va se faire insulter au minimum, violer au maximum. Lever la tête, ne pas leur montrer sa peur, ça ne ferait que les exciter davantage. Shit. Un des jeunes s’avance vers elle. Il penche la tête et regarde ses jambes avec un sourire malveillant. Pas d’échappatoire. Il va sortir un couteau et la trucider. Elle sent une sueur aigre envahir ses pores. Il s’approche encore. Il tend le bras vers ses bottes. Elle ferme les yeux. Il va, il va…
- Mademoiselle, vous avez laissé tomber votre porte-monnaie.
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Pourtant, elle y met du sien. Elle essaie de s’acclimater. Les vendredis, elle va boire quelques pints avec des collègues eurocrates mais Bruxelles lui reste hostile. Le reste du week-end, elle finit par se réfugier chez elle avec quelques romans envoyés par sa mère. Son appartement bruxellois n’est pas très grand mais elle a réussi à y bricoler une ambiance cosy qui la rassure. Ce n’est pas vraiment la City mais on pourrait s’y croire.
Ses déplacements sont limités au métro le matin jusque Schuman avec retour le soir. Pour rien au monde, elle ne prend les transports en commun après 6PM et c’est une limite qui ne souffre aucune dérogation. Sauf aujourd’hui. Il est 6.30PM et, par la force de l’habitude, elle dévale les escaliers de la station Schuman pour attraper son métro, direction Montgomery. Deux arrêts, ce n’est pas la mer à boire mais elle a ce trajet en horreur. Surtout à Montgomery. Le quartier a beau être smart – probablement un des seuls de la capitale –, sa station de métro est vraiment creepy. Et mal fréquentée. Surtout le soir.
Bloody Hell. Elle vient de remarquer quatre jeunes arabes qui discutent près des escalators. Qui parlent fort. Elle ne comprend pas ce qu’ils disent mais ils la regardent avec insistance. Pas un chat évidemment. All alone. Elle tire sur sa jupe et se maudit de ne pas avoir mis son tailleur pantalon. Avec ses bottes, ils vont prendre ça pour une provocation. Elle va se faire insulter au minimum, violer au maximum. Lever la tête, ne pas leur montrer sa peur, ça ne ferait que les exciter davantage. Shit. Un des jeunes s’avance vers elle. Il penche la tête et regarde ses jambes avec un sourire malveillant. Pas d’échappatoire. Il va sortir un couteau et la trucider. Elle sent une sueur aigre envahir ses pores. Il s’approche encore. Il tend le bras vers ses bottes. Elle ferme les yeux. Il va, il va…
- Mademoiselle, vous avez laissé tomber votre porte-monnaie.
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26 mars 2010
Bribe #4 - Lara, 15 ans
Les mecs de sa classe l’appellent Crotte. Vachement original. Faut croire que toutes les Lara du monde encaissent Crotte comme « petit nom gentil ». Lara Crotte. Ha Ha. Lara, elle est pas sûre que Crotte, ce soit vraiment gentil. Petite Crotte c’est gentil. Crotte tout seul c’est limite insultant.
Depuis une semaine, les mecs de sa classe se sont calmés, rapport à la nouvelle prof de maths qui est arrivée. Gelina elle s’appelle. D’habitude les profs de math c’est des vieux moches avec le crâne dégarni et des lunettes en cul de bouteille. Ca arrive même qu’ils puent, comme Bouvier en primaire. Là, faut croire que le bahut a hérité de la seule prof de maths qui cumule le physique et le presque prénom de l’actrice qui a prêté ses gros poumons à la vraie Lara Croft. La Gelina, ses nichons c’est des vrais obus et ses jambes ont la longueur d’un trajet Bruxelles-Oostende, avec retour. C’est bien simple, les mecs, quand ils l’ont vue, ils sont passés du rouge tomate au vert persil en trois secondes six dixièmes. A la récré, quand ils en parlent, ils bandent avec les yeux et la bouche. En plein cours, Lara a même vu Jean-Marc se toucher la bite pendant que Gelina expliquait le théorème de Pythagore au tableau. Personne le voyait, faut dire qu’il faisait ça super bien, la main dans la poche, l’air de rien, un coup en haut, un coup en bas hop, hop. Lara est sûre que la prof l’a vu aussi que Jean-Marc se branlait mais elle a rien dit. Ça doit l’exciter cette salope.
Hier, au cours de gym, Lara est partie aux toilettes pendant le match de handball. C’est l’avantage d’être une fille et d’avoir ses règles. On peut sortir en plein cours, personne vous dit rien. On file aux chiottes, de préférence celles du sous-sol, y a jamais personne qui y met les pieds.
En passant devant la réserve, elle a entendu quelqu’un qui soufflait fort, genre locomotive déchaînée. Lara a entrebâillé la porte. Cette fois, la bite de Jean-Marc elle était plus dans sa poche mais dans la bouche à la Gelina. La prof avait le cul en l’air et se touchait les melons à chaque coup de langue. Lara a sorti son iPhone et a choppé la scène en loucedé, avec ses trois millions de pixels. Une fois envoyé par mail, ça fera un bon fond d’écran pour le proviseur.
Lara s’en fout qu’ils l’appellent Crotte. Après ce coup-là, ce sera Gelina la grosse merde.
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Depuis une semaine, les mecs de sa classe se sont calmés, rapport à la nouvelle prof de maths qui est arrivée. Gelina elle s’appelle. D’habitude les profs de math c’est des vieux moches avec le crâne dégarni et des lunettes en cul de bouteille. Ca arrive même qu’ils puent, comme Bouvier en primaire. Là, faut croire que le bahut a hérité de la seule prof de maths qui cumule le physique et le presque prénom de l’actrice qui a prêté ses gros poumons à la vraie Lara Croft. La Gelina, ses nichons c’est des vrais obus et ses jambes ont la longueur d’un trajet Bruxelles-Oostende, avec retour. C’est bien simple, les mecs, quand ils l’ont vue, ils sont passés du rouge tomate au vert persil en trois secondes six dixièmes. A la récré, quand ils en parlent, ils bandent avec les yeux et la bouche. En plein cours, Lara a même vu Jean-Marc se toucher la bite pendant que Gelina expliquait le théorème de Pythagore au tableau. Personne le voyait, faut dire qu’il faisait ça super bien, la main dans la poche, l’air de rien, un coup en haut, un coup en bas hop, hop. Lara est sûre que la prof l’a vu aussi que Jean-Marc se branlait mais elle a rien dit. Ça doit l’exciter cette salope.
Hier, au cours de gym, Lara est partie aux toilettes pendant le match de handball. C’est l’avantage d’être une fille et d’avoir ses règles. On peut sortir en plein cours, personne vous dit rien. On file aux chiottes, de préférence celles du sous-sol, y a jamais personne qui y met les pieds.
En passant devant la réserve, elle a entendu quelqu’un qui soufflait fort, genre locomotive déchaînée. Lara a entrebâillé la porte. Cette fois, la bite de Jean-Marc elle était plus dans sa poche mais dans la bouche à la Gelina. La prof avait le cul en l’air et se touchait les melons à chaque coup de langue. Lara a sorti son iPhone et a choppé la scène en loucedé, avec ses trois millions de pixels. Une fois envoyé par mail, ça fera un bon fond d’écran pour le proviseur.
Lara s’en fout qu’ils l’appellent Crotte. Après ce coup-là, ce sera Gelina la grosse merde.
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25 mars 2010
Bribe #3 - Humbert, 45 ans
Il s’allume une cigarette avec son gros briquet doré. Ce briquet, il l’a acheté en même temps que sa Rolex. Attention, pas une imitation de Rolex, LA Rolex. La vraie, la pure, la dure. Celle qui coûte un max. Celle qui pose un homme. Aujourd’hui, le moindre petit blaireau peut s’afficher avec un faux cadran autour du poignet. Rolex n’est plus un signe extérieur de richesse. Et qu’on ne vienne pas lui parler de péché véniel à l’égard de ces sales gosses. Bah… Humbert s’en fout finalement. Le reste de sa tenue vestimentaire lui assure un certain standing. Il porte tellement de marques prestigieuses sur le dos qu’il serait bien incapable d’estimer en euros le nombre de thunes qui enveloppe son corps. Ses couilles reposent déjà dans un calebuth à 80 plaques, alors le reste...
Humbert aspire la fumée de sa Dunhill. Cette interdiction de fumer dans les endroits publics, quelle plaie... Et puis cet endroit. Il n’était plus venu devant une gare depuis… Depuis combien de temps déjà ? Mais qu’est-ce qui leur a pris de le faire venir en train ? C’est bon qu’il tient à les signer ces contrats sinon il les aurait envoyés se faire foutre. Et avec le sourire encore bien. Tout aurait quand même été plus simple s’ils lui avaient dégotté une voiture de location. Avec chauffeur évidemment. Tout le monde connaît le rythme de tortue des transports ferroviaires. Ce trajet va prendre des plombes…
Humbert a encore dix minutes à tirer. A tout faire, il préfère attendre ici que de s’aventurer dans la salle des pas perdus. C’est écœurant tout ce monde qui grouille. Humbert n’ose même pas imaginer l’odeur que cette populace doit charrier, entre les dessous de bras suintants et les haleines fétides. Et avec cette chaleur… Autant les marques vestimentaires protègent Humbert, autant le bas peuple prend un malin plaisir à ne porter que le strict minimum. Rien que celle-là qui s’avance, avec sa bretelle de soutien gorge qui lui cisaille les épaules. Et je vous dis pas la taille de sa jupe. Tellement courte qu’on pourrait presque lui compter les poils du pubis. Mon Dieu qu’elle est vulgaire. Et ce parfum qu’elle dégage. Tellement lourd qu’il pèse sur ses seins. A force de regarder autour de lui, Humbert se découvre un talent d’anthropologue, jugeant celui-ci, se gaussant de celui-là, charcutant la tenue d’une troisième.
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24 mars 2010
Bribe #2 - Catherine, 42 ans
Elle pousse la porte du Mac Do. Elle lève la tête et regarde la liste des hamburgers disponibles. Pourtant, ce menu, elle le connaît par cœur. Dans son esprit, les rouages d’une mécanique bien huilée se mettent en branle. Pour un peu, on verrait presque un phylactère au-dessus de sa tête avec le cheminement de sa pensée.
Il n’y a pas trop de monde devant les caisses. Les petits déjeuners sont déjà partis et les dîners pas encore arrivés. C’est l’avantage d’arriver à 10 heures du matin. Le snack est presque désert à cette heure-là. A la jeune caissière qui l’interroge, Catherine énumère sa commande avec la régularité d’un métronome. La caisse enregistre le tout avec plusieurs dings de contentement.
- C’est pour emporter ?
- Non. Pour manger ici.
La caissière remet en place les sacs en carton qu’elle avait sortis pour emballer le tout. Elle saisit un plateau qu'elle remplit de victuailles graisseuses. Elle apportera le reste de la commande quand les autres en-cas seront prêts. Catherine embarque le plateau. Quelques frites tombent par terre sans qu’elle s'en rende compte, l’esprit déjà obscurci par la tâche qui l’attend. Elle s’assied à la première table qu’elle rencontre et se met à manger. Sa bouche, ses dents et sa langue deviennent machines. Les petits pains à l’ail sont déchiquetés, la viande grillée est engloutie, la sauce barbecue est sucée jusqu’à la dernière goutte, les légumes sont ingurgités sans discernement. Entre-temps, la caissière revient au ravitaillement. Avec un deuxième plateau. Puis un troisième. Parfois, Catherine ralentit pour se rincer la bouche avec le pétillant d’un soda. Bien sucré le soda. Et la machine repart de plus belle. Tout y passe, du Chicken Nuggets au Mac Bacon en passant par l’incontournable Big Mac. Pour finir en beauté, Catherine recouvre le tout par une glace chocolat, quatre cookies et deux cafés au lait. Sans oublier le sucre.
Elle sent le regard de la caissière sur elle. Ce regard l’a suivi pendant tout le repas. Il y a beaucoup d’interrogation dans ces yeux, très peu de réprobation. La réprobation cela arrive de temps en temps mais Catherine s’y est habituée. Le repas aura pris 30 minutes au total. Un timing classique.
Catherine se lève. Elle extrait de sa chaise les 130 kilos de son corps et les bourrelets de son ventre. Elle rote discrètement derrière la main et sort du fast food.
Catherine reviendra dans deux heures, tenaillée par la faim.
Les Bribes se fondent sur les principes de l'OuLiPo.
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